mardi 28 octobre 2008

Les voyages matinaux....

J'ouvre un oeil... Tu n'es pas là. Personne n'est là mais tout va bien
Le second?...Se familiarise tout aussi bien au jour...

Le verdict tombe, en même temps que mes deux pieds sur le parquet, je suis heureuse.
J'ai laissé les fantômes à la nuit. J'ai envie de sourire, de rire, de toucher d'autres peaux.

Il fut long ce voyage de retour. Mais qu'importe, j'entends déjà les sirènes des nouveaux départs. J'ai allégé mes bagages, déposées dans un recoin du coeur. Je ne sais pas si je les ouvrirai encore... Un jour plus tard, peut etre, si tu me le demandes sans les attendre.
J'ai les mains vides à présent, prêtes à tenir les tiennes

Pour ce prochain voyage j'ai pris un compartiment vide. Mais, accoudée à la fenêtre, je vois le quai qui fourmille, je ne ferme pas la porte, il te suffira de la pousser.

Nous choisirons la destination en chemin.

Illustration "Gare Montparnasse 1895"

dimanche 26 octobre 2008

Frayeur nocturne...

Je change. Intérieurement je change, je le sens. Je n'ai plus besoin des autres, plus besoin de leur acceptation. Je me suis digérée je crois. Je n'ai plus besoin que, face à moi, l'on me prémâche. J'ai enfin accepté cette part de solitude, ce huis clos de moi à moi.

Il est tôt, à peine 22 heures, je vais me coucher. Dans la chambre, personne. Sous les draps, que moi. Je mets un disque, c'est Gras, allume quelques bougies - celles que j'aime, mélange de camelle et d'écorce d'oranger. Dehors le vent hurle et fait claquer les volets...

Suis je bien? Oui.
Suis je seule ? Oui.
Deux réponses, deux affirmations que je pensais antonymes. Je suis bien et seule. Parfois le bonheur est une sentence terrible..

La chambre est un vrai nid, le lit douillet, ma peau douce...et je jouis de tout cela, seule. Égoïste. Satisfaite. Heureuse...Gênée.
Oui, gênée, car soudain vient la question sans appel : et si cela durait toute la vie?... si cette sérénité nouvelle était l'harmonie que j'ai toujours recherchée?... si j'étais prise au piège de ma propre félicité?... si le bonheur n'était accordable qu'à mon seul "je"?...si la solitude devenait joyeuse et bienveillante?...si l'Autre n'était plus nécessaire?...

Si tout cela était bien vrai?...Je serais heureuse alors, mais triste de l'être.


Il faut que je me relève, que j'aille voir, vérifier..Prendre mon téléphone, mon carnet d'adresses, reprendre mes correspondances...chercher l'autre, le réveiller en moi... Venir ici, casser le cercle que je sens parfait.

Si l'Autre n'est plus la cheville à laquelle je m'articule, s'il n'y a plus que moi... est ce possible?C'est pour lui, contre lui, que petit à petit je me suis construite. Pour l'aimer, en être aimée, le narguer, le défier... Avec, jamais sans....

Et voilà que sans, soudain, ce soir, je me sens mienne. Je me sens bien. Et que je me fais peur.

Il faut que je vous parle. A vous. Mon Autre...
Je vous donne, je reprends aussitôt. Je vous doute. J'emmêle les fils. Ce qui me parait simple un instant, se casse la figure l'heure d'après, mes théorèmes prennent l'eau un à un. Je vous crois, je ne vous crois pas…Je me crois et ne m'entends pas…

Est ce que je vous invente, ou est ce que vous etes?...Est ce moi qui vous prend? Est-ce qu'on joue à être? Est-ce qu'il y a à croire? Est-ce que vous saurez me retenir? Est-ce que je saurai vous tenir aussi? Est-ce que votre main me manque? Est ce que je complique à tort? Ces questions sont elles encore des fuites? Est-ce qu'il est trop tard? Est-ce que vous en souriez? Est-ce que tout ceci est prévisible? Est-ce que vous pensez a tout cela?...

Illustration JF Lefranc série "nouveaux essais"

Sur le plaisir...

Je m'aperçois que ce pan de ma personnalité n'a encore jamais été soulevé ici même : le Plaisir, sa recherche.

En effet, à aucun moment du voyage il n'a été but, excuse, moyen, etc. Je ne pense pas pour autant être exempte de cette sensibilité, de cette hypertrophie des sens… J'aime le plaisir, j'aime le voir naître, le donner, le recevoir…bref, je suis aussi un corps, un embriquement de terminaisons nerveuses, un enchaînement d'hormones, le tout surmonté d'un cerveau qui me fait jouir des signes avant même leurs mises en œuvre…
Je suis sexuellement et sensuellement viable donc.

Alors pourquoi ce silence ici ? pourquoi cette absence ?Inconsciemment, je pressens que le propos serait hors sujet. En tout cas à cet instant du voyage. Ce serait un dérivatif, une porte de sortie même. Une fuite, oui. Jouir. C'est-à-dire reprendre possession de l'émotion, lui donner corps, lui donner un média défini… en clair, la condamner à une sorte de définition. Je ne dis pas que cela n'est pas tentant parfois. Ne serait ce que par fatigue: fatigue de faire taire le corps, fatigue des monologues… Mais je n'ai pas envie de cette facilité là.

Et puis, le plaisir m'a toujours été un élément extérieur. J'en ai joui certes, j'en ai aimé le partage, j'en ai usé, j'en ai tiré pouvoir, je m'y suis cachée… mais à aucun moment je ne m'y suis abandonnée. A aucun moment il n'a été un chemin en soi, plus souvent un placebo incapable d'étancher la soif, un cri aphone vers l'autre, au pire un ennui déguisé. Le corps a été rompu oui, les sens ont également déclaré forfait mais l'esprit, la conscience, toujours, se sont tenus à distance, à peine échauffés.Je ne me suis jamais donnée dans un orgasme, je n'ai jamais dit je t'aime dans un cri, je n'ai jamais été moi à l'horizontal.

Est-ce une erreur de ma part? Est-ce un apprentissage raté ? Est-ce une dichotomie louche?...En tous les cas, c'est une conversation jusqu'à ce jour manquée. Il faut avant tout trouver Celle parlant mon langage...
Illustration Jean François Lefranc

vendredi 24 octobre 2008

Mon royaume pour un divan...
Même si ce ne sont pas ceux de Goethe...Même s'il ne sont pas profonds comme des tombeaux... J'aime les divans, cette passerelle entre la dernière des luxures et le sérieux de le conversation qui s'entame.

J'aime m'y étendre, m'y étaler, m'y vautrer... la conscience soulagée : je ne suis pas vraiment couchée.

Je les aime vieux, patchwork invraisemblable de tissus aimés et usés. Ils ont l'odeur de mes livres, le parfum qui se cache entre les pages et que je respire à pleins poumons en les faisant tourner sous mon nez. Ils sont moelleux, caressants, hypnotiques. Leur air bonhomme invite à baisser la garde, à se laisser surprendre par le temps. Entre lui et moi une tendre volupté s'est tissée. A ses franges décolorées s'accrochent mes turpitudes, ma cohorte fantasmée.. Mes plus belles nuits d'amour c'est sur son jacquard froissé que je les ai réveillées.

Pur instant de bonheur, m'y étendre sur un air de jazz , ou sur une pièce de piano... Et faire une place à tout ce qui me peuple


Illustration le divan de Sigmund Freud

jeudi 23 octobre 2008

Chien et loup...

C'est l'heure du chien et loup, celle que je préfère entre toutes. La lumière rampe sur le parquet et vient docile se coucher à mes pieds. L'ombre doucement mystifie les détails, efface légèrement les contours du présent. C'est l'heure perchée du calendrier, entre deux mondes, reposante et libre.

Je ne suis pas triste, mélancolique, un état presque parfait, à cheval sur les souvenirs qui me feront faire, sans même me prévenir, les pas de mon demain.

Je ne suis pas seule, sans vraiment le savoir je nourris déjà l'histoire à venir. Je remplis la coupe que nous aurons plaisir à boire jusqu'à la lie.

Je n'ai pas peur... En tous cas je n'ai pas peur de cette peur là. De cette attente sans promesse, de cette faim sans tablée.

Et je n'ai pas envie de fermer la fenêtre, même si la lumière devient incertaine. Pas envie d'allumer la lampe et inviter mes yeux à recouvrir cette vue domestiquée. Je discerne encore les détails, je crois en leur véracité. Le reste est trop brutal.

Deviendrais je enfin légère?...

Ma pesante légèreté...si tu n'étais que mon Envie...ma soif... le trou béant de ma poitrine autour duquel je me gravite...l'absence qui m'emplit, me nomme et me définit... Être ce que l'on devient, la seule définition qui se passe d'imparfait. Se savoir au profil de l'Autre.

Je suis heureuse.

Mon seul regret est que tu ne le saches pas encore... Mais je te raconterai, rassure toi, au soir couchant, les mots d'aujourd'hui qui seront notre hier.

En attendant laisse moi un peu, il faut que je me lève, ferme la fenêtre, allume la lampe... Devant la glace laisse moi remettre un peu d'ordre dans mes mèches, réajuster ma ceinture, vérifier le fard sur mes paupières... Je n'aimerais pas que tu me surprennes et n'être pas tout à fait prête.
Illustration de Gustave Caillebotte "Le divan"

mercredi 22 octobre 2008

Les bandelettes...

Il y a quelque chose d'émouvant, toujours, à venir m'appuyer aux chambranles de tes cuisses, juste là, à l'orée parfumée et déchirante de ton embrasure.
Ton impatience souvent se fait main sur ma tête et m'entraîne à sa suite... mais je n'ai pas envie aujourd'hui de te suivre.
Je veux rester un instant encore à la frontière de ton monde, dans cette distance d'insécurité.

Tend l'oreille...Tu entends? Plus un bruit. A peine l'impatience de tes reins sur les draps. Et l'indolence qui s'immisce dans les mèches lourdes et brunes dont tu redessines l'oreiller.

Tu es nue. Tu crois juste l'être. Mais je te regarde tu sais, et une une je délie les mètres et mètres de bandelettes qui te volent encore à moi. A chacune son inscription, de ton sourire à ton souffle oppressé, de ta sérénité qui s'effrite aux moindres soupçons de mon désir...Je lis, au détour de tes bandelettes de cire...je lis... ta défiance, ta pudeur, ton orgueil et ton humilité... L'imbroglio improbable des sentiments que tu tais, ton patchwork schizophrénique.

Alors laisse moi, je t'en prie, en silence, détacher une à une les bandelettes … C'est un travail quasi chirurgical c'est vrai, où le faux pas entaille à vif… Mais sans la promiscuité du carnage, l'œuvre ne serait qu'un inutile bavardage. Alors sur ma mer calme, prends patience et pas ombrage, je te promets notre futur naufrage.

Du bout des lèvres tu m'appelles, je te sais oui, ne te trompe pas. Mon silence est en toi, s'immisçant dans ton impudeur parfaite, y disséquant déjà les sucs de nos innocences au supplice. Et mes gestes en suspens se recoupent tous à ton coeur que je sens battre à ton ventre.
Et bien sur, oui, que je vais venir tout à l'heure glisser en toi, y ramper lubrique et couvrante. Et que nos immobilismes de poupées vont être bousculés par les gros mots de notre monologue amoureux...

Mais offrons nous le suprême luxe de retenir nos troupes et de nous regarder du bout de nos pudeurs achevées.


Illustration de Gustave Courbet "Origine du monde"

mercredi 15 octobre 2008

L'Instant...

Je ne sais plus à quelle pliure de coude je dus mon illumination. A quel degré d'inclinaison de tête ou d'angle de vue. Seule chose certaine: il y eut une seconde d'ineffable perfection, un instant parfait.

Les peintres, sans doute, goûtent ils à cette sérénité sublime, celle qui vient, calme, après l'acharnement heureux, quand le trait qu'ils cherchaient à enfin accouché.
Cette seconde où, le bras encore armé, les muscles encore bandés dans leur effort volontaire, la rétine capte bien avant l'intelligence la ligne d'arrivée.

Être arrivé! Ce n'est ni une question de lieu ni une question de temps, peu importe si le « bon » trait apparaît sur ce tableau ou sur un autre, s'il arrive à bout d'espoir ou à crête de reconnaissance.

Ce trait, l'instant de prescience même de ce trait, est indépendant. A l'heure de son éclosion il se désolidarise de l'histoire même qui l'a crée. Comme un nouveau né anthropophage capable d'avaler son géniteur et le placenta qui l'entoure au premier cri, il se condense, faisant le vide autour de lui. Il n'est pas défini par ce qui le précède, ce qui l'a engendré, mais par sa manifestation physique même.

Le peintre n'a plus alors qu'a reposer son pinceau, s'asseoir et, mi émerveillé mi effrayé, contempler l'oeuvre qu'il a voulu sienne, qui est l'exacte représentation de sa volonté et qui pourtant désormais se détache de lui, inhumaine, plus étrangère que jamais.

Comme le corsage de Marie Agnes à cette minute, dans cette demie pénombre, ce demi renversé, me renvoit à une solitude et impuissance éblouie. C'est moi, oui, qui ai dégagé la mèche de son front, entrouvert sa bouche, incliné son cou sur l'oreiller. C'est moi encore qui l'ai couchée sur ce draps couleur prune qui épouse si bien les contours de sa chaire veloutée. Ses cuisses entrouvertes, sa jupe de laine relevée sur sa jambe légèrement repliée.. Et l'ombre duveteuse et froide encore de son sexe entrebâillé. Tout cela n'est que le fruit d'une volonté, la mienne. La résultante de mes actes, de mes choix, de mes gestes sur et pour ce corps inerte, ce corps d'endormie qui accepte tout faute de ne plus rien savoir.

.
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Et j'en pleurerais...
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Illustration de Roman Zaslonov "Endormie"

mardi 14 octobre 2008

La 1256éme heure...
Te souviens tu ma Douce de notre première nuit? Non, même pas notre première nuit, notre premier bruit...Celui strident et anecdotique de la fenêtre msn de l'écran qui s'allume, s'agite. Ce premier bruit de toi à moi qui, de sa banalité, de sa pauvre petite médiocrité virtuelle, nous faisait accourir de l'autre bout de l'appartement et nous posait devant l'écran froid. Écran où on se dessinait à coup de mots, de maux.


J'y repense soudain cet après midi. En fait, j'y repense souvent. Pas toujours l'après midi d'ailleurs. Ça prend comme ça, par hasard, n'importe où, quand on joue a être n'importe qui avec n'importe quoi...Le bruit revient.

C'était un retour de vacances pour moi. Un mois de juillet bleu derrière les persiennes, mes valises à peine défaites. Je m'étais assise au bureau, avais allumé l'écran, chasse réouverte, je reprenais docilement mon costume de femme infidèle.
Un peu étriqué, un peu éliminé, qui laissait déjà passer beaucoup trop de lumière et faisait plisser des yeux.

Oh! Je n'étais pas malheureuse, sereine presque. On trouve son équilibre dans les plus improbables grand écart. Il y avait Lui bien sur. Lui car je n'etais pas encore tout à fait moi. Je ne voyais en mes amours féminines que des gourmandises ignorant encore qu'elles étaient et seraient désormais mon unique repas. Lui qui avait déjà parfaitement défait sa valise, replié ses affaires dans l'armoire. Lui et ses 7 années de vie, et ce passé plus solide qu'un roc. Ce passé même pas toujours rose, mais ce n'est pas ce que je lui demandais.
Moi dont l'inconstance a toujours été une donnée intangible, il était une habitude plus que louche...une habitude vitale. Comme on ne sait pas s'attarder, s'émouvoir, s'extasier devant cette paire de poumon fichées dans la poitrine, et qui nous accompagne sans un soupir, je ne m'étonnais même plus de cette présence a mes cotés.
Elle était. Elle était car elle devait être. Point. Certaines évidences sont cruelles. Égoïstes. L'enfant qui martyrise le sein de sa mère n'en reste pas moins innocent, sincère.

Un pied dans ma gamelle donc, et l'autre tâtonnant au loin, sur les sables mouvants, inconsistants, un peu de sperme, beaucoup de mots papillons, aussi tôt dit aussi tôt désincarnés. Des mots, des répliques, des amants...

Un amant... les amants. Je les détestais. Je les accumulais....Était ce par goût du dégoût ?...Se décevoir... On atteint à l'excellence, non? Le réveil...Non, même pas de réveil, le dégoût arrivait bien avant la fatigue, avant le sommeil... Disons plutôt l'éclair de lucidité, entre les bras d'un quasi inconnu... Ne plus s'y reconnaître. Cherchez l'erreur, la faille, le glissement de destin qui nous a fait basculer à l'horizontal. La vie serait elle encore plus lourde à la verticale ?
Certaines caresses, si violentes, si déchirantes, ne peuvent être le fruit du hasard. Ce sont les mauvaises mains, mais les bonnes étreintes.

Qu'ai je cherché dans ces bras? Sans doute à être aimée. A être aimable. Même par le premier venu....Qu'ai je trouvé?...Le premier venu.

L'amertume est passée depuis… Ne reste que les mains en suspends. Des ébauches de geste. Sculpteur sans terre. Je ne regrette pas ces après midi de vent... Certes toutes ces aventures ne m'ont pas..nourrie, mais beaucoup m'ont appris à apprivoiser mon image, mon corps...à l'aimer peut être. Leur désir n'était que ce miroir où apprendre à me regarder. Me dégoûter aussi parfois. Mais peut être est ce le prix a payer pour s'accorder un peu de bienveillance. Je ne regrette pas. Jamais.

J'oublierai vite beaucoup de ces prénoms. Certains papillons mettent des jours et des jours à se créer a l'ombre de leur chrysalide, et une seule journée les voit vivre et mourir au soir....leur vie est elle pour autant inutile? Plus futile que d'autres...
Et puis, ces après midi m'ont appris à désapprendre tant de leçons, à attendre tellement plus....A t'attendre...A te reconnaître.

Mais quand l'heure n'est plus aux amants, à quel cadran s'attarde les après midi?

Il était 15h30 environ à tes premiers mots. Un mardi je me souviens. Un mardi chaud. Nous nous étions déjà croisées sur je ne sais plus quel site où les coups de coeurs se monnaient aux forfaits : 7 jours, un mois, un trimestre... Une réserve à émotions plus ou moins frelatées à portée des doigts. Nous y avions échangé alors quelques banalités d'usage. Il y eut surtout nos profils parcourus, des « j'aime j'aime pas » lapidaires, quelques lambeaux de personnalités jetés en pâture au centre de l'arène et que nous avions flairés de loin.
Tu ne serais pas de tout repos, ce fut ma première pensée. Et j'aimais déjà cette exigence que tu faisais naître en moi. J'aimais cette perspective de devoir ferrailler avec toi, de devoir suivre ta piste... Le « devoir », je nous prédisais déjà sans le savoir l'impérieux besoin qui allait être notre. Celui de se regarder avant même de se voir. Celui de s'ouvrir avant même de donner.

Il y avait ces photos de toi aussi. Du chien t'avais je dit je crois. « Tu as du chien , j'aime ». Avoir du chien...au delà de l'esthétique, cette idée du Beau qui ne se rend pas, ne désarme pas. Je n'aurais pas pu mieux trouver. Je ne savais rien bien sur, rien encore, et pourtant, instinctivement je sentais la myrrhe et l'encens de tes luttes intestines, de tes victoires passées et à venir. Visage de victoire. Beauté victorieuse. Du chien mon Amie! Du chien! Qui vous aboie à l'âme et au coeur.

Et j'aimais cela tu sais. Avant toi. Le tranchant.. L'implacable. Tout ce qui vous souffle et dos au mur vous tient. Je ne croyais qu'aux démonstrations, aux certitudes. Un reste de mon adolescence mal digéré tu crois? Sans doute. Je n'avais pas finit de grandir, je saisissais mal les nuances, je les pensais tiédeur, lâcheté.

Et après? Après cet après midi là? ...D'autres... Celles où j'ai fait mes valises, celles où tu m'as recueillie... Celles où l'on s'est aimées, émues jusqu'aux larmes... Celles où l'on a écrit à quatre mains.. Toutes celles évidentes, où l'on a cru....

Jusqu'à ce matin où le cadran s'est figé sur notre dernière heure, la 1256éme, où ta première et dernière gifle m'a rendu à moi.

Voyage achevé, reposée, je sais aujourd'hui qu'il ne fallait pas de 1257éme heure...
Mais que les 1256 vécues m'ont tout simplement accouchée.

dimanche 12 octobre 2008

Ô Oisivité! mère..pas si ingrate...

A ceux qui pensent la Paresse comble de l'improductivité...Que vous vous trompez...

Mère de tous les vices? peut être. Si tant est que le vice soit ce besoin d'aller au bout de toutes idées, de toutes pensées, d'en suivre le fil, de descendre le long du filon...

Dégagée momentanément de toutes contingences d'ordre social me voilà livrée à moi même. Je fais une geôlière tout a fait acceptable me semble t'il, je me laisse une totale liberté. Je flâne entre mes envies, gribouille quelques pages blanches, dévore quelques livres, prends le temps de ne rien dire, ne rien écouter.... ah! cette paresse là est un voyage indisible.

Parfois je m'accoude à la fenêtre et regarde la ville se déroulait à mes pieds... Perdue dans mes hauteurs, je me surprends à guetter un nouveau vertige. Celui de la simplicité.

Tout est simple en effet, affranchie de tout regard extérieur, me voilà moi, me voilà mienne...

...un disque de jazz succède à un silence cotonneux...

Et quand l'air intérieur me lasse, j'enfile mes bottines et m'offre un carré d'herbe grasse et un tapis de feuilles d'automne...

Aussi curieux que cela paraisse je ne m'ennuie pas. C'est un mal que je connais pourtant, j'en suis familière..mais là, non, rien..Pas l'ombre de cette angoisse rampante du "et après?..après ces vacances impromptues?...après?..."

Mais y a t'il vraiment un après lorsque le présent est assez plein pour nous garder dans son étreinte?

samedi 11 octobre 2008

Coup de coeur pour Audrey Kawasaki...

Découverte par le plus grand des hasard, elle fut une jolie surprise.

Les premières peintures étaient gentiment naïves, juste assez sensuelles et mutines pour arracher un sourire.

Puis, la découverte se poursuivant, les tableaux défilant..étrange sensation...La sensualité sucrée se métamorphose en une ambiguïté plus aigre douce... Les corps sont jeunes...Les regards durs... Les airs plus si candides.


A mi chemin entre le manga et l'Art Déco, avec pour unique support le bois, l'univers d'Audrey est un univers à strates... Tous les niveaux de lectures sont admissibles, a chacun d'oser sonder ses propres abîmes et perversions... Charmant voyage.





Pour en savoir plus, rendez vous ici.

jeudi 9 octobre 2008

Est ce la main de Dieu? est ce la main du Diable?...

Qui, dans ce morne paysage aujourd'hui me tenant lieu de coeur, a laissé traîner, sans surveillance, des images et des parfums que plus rien ne rattache?

Qui me laisse face aux miroirs soignant un maquillage, une coiffure que personne ne viendra complimenter?
Qui, cet après midi, m'a fait respirer ce parfum de cannelle poivrée et chercher l'espace d'une seconde la chevelure d'où il émanait?
Qui me pousse parfois à la fenêtre en quête d'une silhouette qui me serait émouvante?
Qui, au soir, la tête reposant sur l'oreiller, me rend sereine et impatiente?

Qui me fait écrire ces mots ..pour quel regard que je pressens sans y croire?
Berthommé Saint André choque les bibliophiles...


Prise dans ma "gourmandise illustrative" me voilà en quête de représentations artistiques diverses et variées en appelant aux plaisirs saphiques. A ma grande surprise le thème a inspiré un nombres impressionnants d'artistes.


En pleine "enquête", je tombe sur ces deux lithographies de Louis Berthommé Saint André. Elles illustrent le sonnet "Pensionnaires" de Paul Verlaine, dans une édition des Oeuvres Libres publiée en 1940 aux dépends d'un groupe de Bibliophiles...On imagine en effet la tête de cette honorable société!...Pour ma part, je me suis contentée de sourire.




L'une avait quinze ans, l'autre en avait seize
Toutes deux dormaient dans la même chambre
C'était par un soir très lourd de septembre
Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraise


Chacune a quitté, pour se mettre à l'aise
La fine chemise au frais parfum d'ambre
La plus jeune étend les bras, et se cambre
Et sa soeur, les mains sur ses seins, la baise



Puis tombe à genoux, puis devient farouche
Et tumultueuse et folle, et sa bouche
Plonge sous l'or blond, dans les ombres grises

Et l'enfant, pendant ce temps-là, recense
Sur ses doigts mignons des valses promises
Et, rose, sourit avec innocence




"Les pensionnaires" Verlaine

mercredi 8 octobre 2008

Vivre POUR soi...

C'est ce que, ô miracle, mon tout jeune statut de célibataire m'offre sur un plateau, à la façon de Reijlander pour son Saint Jean Baptiste. Je vais, enfin, vivre POUR moi seule!...
Étrange phrase s'il en est... Ai je donc passé 28 années à vivre CONTRE moi? Sans m'en apercevoir...En aimant serais je passée dans le camp adverse, me muselant et me niant dans la foulée?

A en croire les voix amies qui encensent ma toute nouvelle solitude, le face à face amoureux ne serait qu'une guerre perdue d'avance, une annihilation en règle de toute faculté à Être. L'Autre serait une sorte de trou noir libidineux, un dispensateur de parfums aussi capiteux que soporifiques. Il nous ferait ravaler le "je" aussi vite qu'une morgue adolescente et nous imposerait le port étriqué d'un "nous" anthropophage. Pour preuve à l'appui, cette phrase détournée de Beauvoir : toute réussite déguise une abdication. Et moi qui aimais à voir dans cette maxime une Ode à la Passion amoureuse!
De toute façon, pourquoi dire "aimais"... je persiste et signe.

Vivre POUR moi...quelle économie stérile. Voilà des années que je me sais, me digère et me régurgite aux rythmes de mes aléas. Et si je suis loin d'avoir fait mon tour, mes contours me sont connus, mes POURtours aussi. Le "nous" n'est donc plus une grande bouche ouverte prête à m'avaler sans ne rien recracher, je me suis prédigérée avant elle.

Par contre ce "nous", qui préfigure le face à face, m'est un incroyable aiguillon.

Qui de l'Autre alors? Un simple miroir? Il l'a été parfois oui, à l'heure où mon égo encore fragile se cherchait quelques béquilles, quelques légitimités. Aujourd'hui il est assez grand et mon nombril est assez disproportionné pour ose se frotter à d'autres, pense! Je me suis crée de jolis miroirs de poches...

L'Autre redevient autre, est POUR lui (enfin Elle).

Elle ne m'est plus nécessaire, elle m'est espérée et attendue